Il y a quelques jours, lors d'un concert que je donnais à Londres, une jeune violoniste américaine en se présentant me dit qu'elle allait souvent sur le site internet du festival Consonances pour s'inspirer des programmes pour le festival qu'elle vient de créer à la Nouvelle Orléans.

Si la musique et les concerts sont par essence éphémères, il n’en reste pas moins que nous ne savons pas jusqu'où ils résonnent.

Pour ma part, le soutien et l'écoute croissante du public de Saint-Nazaire font partie intégrante de la réussite et du succès de cet événement, qui revenait chaque début d'automne.

Ce pari du mariage improbable de la musique dite "élitiste",  dans le contexte du "tintamarre contemporain",  selon l'expression de Joël Batteux, a été la marque de Consonances qui affirmait ainsi ses valeurs.

Mais, finalement, que reste-t-il de tous ces sons, de tous ces concerts, de ces espoirs mis dans la musique, de ces milliers d'heures à préparer l'accueil des musiciens, du public, lorsque le festival prend fin? 

Il en reste avant tout une expérience inoubliable d'avoir réussi à marier, chaque année pour quelques jours, ce patrimoine de l'humanité que représente la musique dans cette ville, fleuron de la plus haute industrie.

Consonances s'est associée aux différents événements qui ont marqué cette période, par exemple, lors de la construction du Queen Mary 2,  ainsi que du drame qui a précédé son lancement.

Au fil de ces années, j'ai eu l'occasion de découvrir une ville merveilleuse et unique, de lier des amitiés fortes et d'inviter une partie du monde musical à prendre le chemin de Saint Nazaire et à la découvrir.

 Des images me viennent à l'esprit, des moments forts comme la présence pleine de charme d'Henri Dutilleux à Saint-Nazaire, celle de Rodion Schedrin et Maya Plissetskaya, artistes russe ô combien légendaires, ou celle d'Ivry Gitlis ou Stephen Kovacevich avec sa chaise plus basse.

Pour moi Consonances, au détour d'un concert particulièrement réussi, fut bien le  centre du monde, ne fusse-t-il que musical.

Ces "rencontres"  ont porté ainsi, bien au-delà de nos frontières, le drapeau de Saint Nazaire.

Elles ont été d'abord exportées dans des salles prestigieuses, Au Wigmore Hall à Londres, pour toute une semaine autour de la musique française,  reprise  du festival Consonances précédent, ainsi qu'à La Haye, avec l'Orchestre Philharmonique sur le même thème deux ans plus tard, puis  nous fûmes invités au festival Présence de Radio France, à Paris, à de nombreuses reprises.

Consonances c'est, au cours des 24 éditions, à peu près 450 concerts, donnés non seulement dans les salles que vous connaissez mais aussi dans les chantiers, les hangars d'Airbus Industrie, les hospices, les hôpitaux, dans la rue parfois, sous des préaux improbables, des écoles diverses ou dans des quartiers où la musique dite "classique" aurait pu paraître inadéquate. À chaque fois, ce fut organisé et joué comme si il s'agissait du Théâtre des Champs Elysées ou de la Salle Pleyel,  avec la plus grande passion et simplicité. 

Consonances a reçu plus de 300 artistes venus du monde entier, souvent fidélisés, et comptant parmi les plus recherchés.

C'est aussi plus d'une vingtaine d'œuvres commandées et publiées à des compositeurs d'origines diverses et de tendances différentes.

Consonances à fait renaître de nombreuses œuvres oubliées de compositeurs du passé, romantiques ou classiques. Nous avons repensé à maintes reprises le rapport de la musique à la jeunesse en cherchant de nouvelles formules.

Il reste aussi de nombreux enregistrements, traces de ces recherches et moments inoubliables. 

Comme en témoigne cette critique du magazine Diapason, pour notre disque Chausson, qui  commençait par ces mots : "Merci à la ville de Saint Nazaire..."

 Au nom de mes amis musiciens, je tiens à remercier tous les Nazairiens pour nous avoir accueillis généreusement pendant 25 ans dans leur ville.  Ce fut un réel port d'attache pour nous tous.

Je souhaite très sincèrement bonne chance à la nouvelle équipe municipale, à mes collègues du conservatoire, au Théâtre, à la Meet ce projet extraordinaire, au Théâtre Athénor, à Christophe Rouxel du théâtre Icare.

Je voudrais dire un grand merci, du fond du cœur, à tous mes amis de l'association Atempo, à commencer par Patrick Perrin, qui, je le sais, a œuvré pour Consonances sans relâche, ainsi que Claire Dupont.

Consonances s'efface, certes, mais je reste et resterai toujours un ambassadeur de Saint-Nazaire et un fidèle ami.

Philippe Graffin.